Gilles implanté en Août 1987 puis en Janvier 1991 à l'Hôpital
Pellegrin de Bordeaux
Bonjour, à toutes à tous les amis
implantés, à ceux en passe de l'être aussi, sans oublier les
sympathisants.... Si, si, il y en a!
Voilà, on va tâcher de faire simple, sans ennuyer qui que ce soit!
Si j'ai pu parvenir jusqu'à l'âge de 47 ans, ce n'est bien sûr pas grâce à
ma surdité!
Celle ci a débuté tôt, vraiment tôt, même, puisque je n'étais pas encore
né.
Rigoureusement vrai: ma mère, qui était parfaitement entendante, a reçu,
durant sa grossesse des antibiotiques pour une grippe ou un rhume, mon souvenir
s'estompe la dessus, et je pense qu'on ne m'en voudra pas trop.
Ca ne lui a pas vraiment réussi, cette streptomycine, puisqu'elle est devenue
malentendante aussitôt, et du coup, moi aussi, qui était pourtant bien au
chaud dans son petit ventre.
Ce n'est que vers l'âge de trois mois que
mes parents se sont aperçus de mon absence de réactions normales face aux
bruits; donc, examens, puis le diagnostic tombe: surdité.
Enfance et adolescence à l'école avec les entendants, avec arrêt de
scolarité à un an du bac; cela m'était devenu trop difficile de suivre. J'ai
pu faire différents métiers, étant plutôt autodidacte.
Cette surdité est allée en s'aggravant de 17 à 30 ans environ, et vers 22
ans, je crois, j'ai bien eu deux prothèses auditives qui ne m'ont apportées
que du bruit, pas de la compréhension.
Notons au passage, qu'il s'agit officiellement d'une surdité acquise, d'après
le médecin, et que mes deux filles sont parfaitement entendantes, tout comme
mon ex épouse, leur mère.
A 29 ans, ma mère lit dans le journal un
article sur les implants; rendez vous pris, implant impossible, car pas assez
sourd!
A 33ans, des connaissances me parlent du Pr PORTMAN de Bordeaux, qui implante.
Je suis en région parisienne. Rdv pris, premiers examens positifs, il me faut
passer devant une commission réunissant diverses personnes parmi le corps
médical et le corps ministériel (exact!) pour dire d'accord pour
l'implantation. C'était surtout pour s'assurer qu'une telle opération ne
relevait pas du gaspillage, au vu des sommes que cela remue..
Août 1987, une chaleur torride n'empêchera pas l'opération de réussir.
Pourtant, au moment des tests préalables, lorsqu'on passe une aiguille à
travers le tympan pour stimuler, ça marche à droite, là ou il me reste un
tout petit peu ....d'oreille, si vous me permettez, mais pas à gauche, car
cela ne rentre pas (ossifié?).
Pourtant, la peur me conduit à vouloir refuser l'implant à droite (pour
conserver le très peu qui m'y restait), et à l'accepter à gauche.
Finalement, l'implant marchera, mais ne me sera d'aucune aide, il s'agit d'un
implant avec une seule fréquence, le même son me parvient pour tous les
bruits, quelque soit la nature du bruit. Et comme je ne connais pas du tout
la lecture labiale... Un autre, opéré quasiment en même temps que moi, du
même âge ou un peu plus, mais sourd depuis peu à la suite d'une agression,
tire un bien meilleur bénéfice que moi du même appareil. Et finalement, je
ne pourrai pratiquement pas le porter.
Fin 1990, l'hôpital de Bordeaux me rappelle, celui qui opère maintenant est le
PR DAUMAN. On me propose le nouvel implant à 20 ou 22 canaux. Je dis d'accord!
3 janvier 1991, l'opération se passe très bien, à en juger par mon appétit
au réveil, en réanimation, et toujours à l'oreille gauche. Des douleurs, mais
aux talons! Aussi bizarre que ça paraisse! Peut être de là vient
l'expression " avoir l'estomac dans les talons? "
Deux ou trois jours après l'opération, ma femme vient me voir à l'hôpital,
permission de sortie pour voir Bordeaux, il m'a fallu sortir la tête bandée
,car le froid sévissait. Et on me demande si je veux témoigner à
l'université tout à côté ou doit avoir lieu une réunion publique sur
l'implant.
Aucun problème pour cela, si ce n'est que je voyais pour la première fois des
sourds gestuels, qui avaient un interprète , et qui semblaient
particulièrement vindicatifs. C'est vrai que les gestes peuvent être
agressifs, ma femme pensait la même chose; en fait, ils voulaient exprimer leur
désaccord sur l'implant, parlaient d'histoires d'argent, etc...
Je repartais au bout de 6 jours d'hôpital, je crois, assez en forme, pour
revenir 8 jours après pour l'activation de 6 ou 8 électrodes. Cela marchait
depuis le début. L'oreille répondait bien, mais attention, si je percevais
très bien les différents sons, je ne les reconnaissais pas pour autant!
Puis je revenais à plusieurs reprises pour
les autres fréquences, qui répondaient toutes. Dans mon oreille gauche, qui
pourtant ne semblait vraiment pas être la meilleure!
Signalons, pour être honnête, que pendant un an, j'ai eu beaucoup de mal à
supporter cet implant, car le bruit qui me parvenait me fatiguait énormément.
Je ne pouvais pas le mettre plus de 15
ou 20mn par jour. Après un an, progressivement, c'est devenu supportable,
grâce à la patience de ceux qui me parlaient. Puis je faisais connaissance
avec la FCS de PARIS, la
Fraternité Catholique des Sourds, où l'accueil était chaleureux. Des gens
sympa et patients, pas bigots pour deux sous, quoiqu'en disent certains. Et là,
de la patience encore, des amis qu'on trouve, de bons moments partagés.
Eux aussi, m'ont beaucoup aidé à progresser, ça ne s'oublie pas, d'autant
plus que je n'avais pratiquement pas eu de rééducation orthophonique. C'est
dans cette association que j'ai fais connaissance avec des malentendants, je
ne connaissais pas ce milieu, hormis lors de mes deux séjours à l'hôpital
dans le service implantation.
Notons que la personne citée plus haut a reçu également le même second
implant, mais que cette fois ci, c'est sur moi que cela marche le mieux. On peut
donc conclure facilement qu'il n'y a pas deux résultats identiques, que
si c'est fatigant pour moi au début, ca ne le sera pas pour de nombreux autres,
que si à l'époque, il y avait un tiers de réussites, un tiers d'échecs, et
un autre tiers qui naviguait à vue entre les deux autres, les choses semblent
s'être largement améliorées. L'habitude, le progrès, appelez cela comme vous
le voulez!
Depuis plusieurs années, je porte donc cet implant quasiment toute la journée,
ne l'enlevant que pour certains travaux avec risque de poussières ou de chute (
Je suis dans le bâtiment, mais chut....Ma mère me croit
pianiste dans un B...!)
Je fais régler de temps en temps, et j'en suis vraiment très content, ne
regrettant absolument pas d'avoir sauté le pas.
Il m'a apporté beaucoup, cet implant, m'a
permis une certaine ouverture aux autres -pour ne pas dire une ouverture
certaine-, et si je devais choisir un ou deux exemples, parmi tant d'autres,
pour tenter d'illustrer mes propos,
je pourrais dire qu'avant, comme mon audition était quasi nulle, de même que
ma compréhension, je me renfermais, et les fêtes de famille m'étaient
insipides, car rien à comprendre pour moi, alors que je voulais tant
comprendre, alors, je passais mon temps à la cuisine, j'aimais faire la cuisine
d'ailleurs, même si je ne suis pas un cordon bleu! et je faisais la vaisselle,
pendant que les entendants parlaient. Par la suite, avec l'implant, quand j'ai
pu suivre des conversations tant bien que mal, hé bien je conversais, tout
simplement, et pas avec la vaisselle!
Comme indiqué à l'émission de JL DELARUE,
ca se discute, un jour, en mai 1993, dans le midi , dans un camping, deux ans et
demi après mon opération, je me retournais car j'entendais un bruit.bizarre,
qui s'arrêtait aussitôt. Je repartais puis cela recommençait. Intrigué, je
demandais à des amis qui pouvait faire ce bruit, qui me donnait l'impression
d'entendre des billes qu'on secoue dans une boite de conserves vide. C'était un
rossignol, dans l' hilarité générale! J'entendais donc les oiseaux, que je
n'avais jamais entendu. Par la suite, on m'a fait remarqué les cigales ou les
grillons, qui produisent un bruit plus raisonnable, plus ténu. Mais d'une
manière
générale, beaucoup de bruits passent inaperçus à mes oreilles, car je n'ai
toujours pas l'habitude d'être attentif aux bruits, ayant été malentendant
puis sourd depuis si longtemps.
J'ai bien conscience de n'être pas dans les
premiers de la classe, au point de vue résultat, beaucoup d'autres font bien
mieux que moi. Et puis mon implant fait partie de la préhistoire à côté de
ceux qui se font désormais.
Peut être que j'en suis fier, après tout, inconsciemment de sortir tout droit
de la préhistoire. Mais je ne cherche pas la performance, je suis content comme
cela. Je vis, tout simplement, et ca, c'est déjà pas mal. Je
ne crois pas être complexé non plus, dans un sens ou dans l'autre. Je ne
chercherai sûrement pas à décourager les candidats à l'implantation; et
l'une de mes amies, pour qui ca marche très peu, n'a jamais dénigré
l'implant, elle savait avant que le résultat n'était pas garanti à 100%.
Que vous dire de plus, sinon que je remercie
encore Bordeaux et son équipe formidable, Catherine qui est super motivée,
très active et efficace, aussi; que je remercie aussi le Dr FUGAIN et Dominique
qui m'ont fait des réglages sans me connaître, en dépit de leur emploi du
temps plutôt chargé; et qu'enfin, je remercie aussi tous ceux qui m'ont aidé
dans la progression de la compréhension par leur patience, et bien sur, enfin,
tous ceux qui liront ces lignes, en ayant eu la patience de me lire jusqu'au
bout!
Et mes encouragements à tous les candidats
qui hésitent encore.
Gilles, Mai 2002,
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