Gilles et son passage à l'émission "Ca se discute" sur France 2
en Déc. 2001
Courant novembre, à la suite de discussion sur le Net au sujet de la surdité,
je fus contacté par une jeune personne, Corinne BIESSE, qui s'occupait de l 'émission
de Jean-Luc DELARUE, " ça se discute " .
Il était question d'une possible participation d'un sourd implanté, dans la
prochaine émission avait pour thème, L'HOMME TRANSFORME.
Rendez vous fut donc
pris avec elle à PARIS, dans les locaux de la société RESERVOIR PROD,
boulevard MURAT.
Accueil sympathique, patient, demande de renseignements au sujet de cet implant,
de la façon dont ma surdité est apparue, de nombreux détails ont été demandés
et scrupuleusement notés. Puis l'on devait me confirmer par
Internet si je devais venir, ou pas, pour cette émission.
Finalement, la réponse était oui, et il me fallait venir le 6 décembre, l'après
midi, avec mes filles qui seraient dans le plateau du public, et que Corinne
BIESSE avait appelé à l'avance chez leur mère pour leur demander des
précisions, et leur éventuelle participation à l'émission.
On nous envoyait un taxi, pour nous emmener de l'ESSONNE à PARIS, mais au fur
et à mesure que l'heure H arrivait, j'étais de plus en plus mal à l'aise, le
trac avait fait son apparition. Arrivé au studio, on nous dirigeait
sur une loge, et visiblement, tout le monde avait droit à sa loge.
On vint me chercher pour passer au maquillage, croyez bien que c'était vraiment
la première fois de ma vie que j'étais maquillé, c'est quelque peu dérangeant.
Ensuite, Corinne vint nous chercher pour un ultime briefing, et
ce sont mes filles qui écoutaient le plus, je commençais a être hors jeu
avant même d'avoir commencé. Puis mes filles me répétèrent les grandes
lignes, on nous laissa et ce fut l'attente.
Au bout d'un certain temps les participants passèrent sur le plateau des invités,
tandis que le public passait sur les gradins, et là encore un peu d'attente ,
repassage des maquilleuses. Musique pour faire patienter tout le
monde, puis arrivée applaudie du Maître, j'ai nommé Jean Luc DELARUE !
Six ou huit caméras filmaient tout ce petit monde, afin d'en perdre le moins
possible. Éclairage très bon, pas trop fort ni trop chaud, JLD débitait son
introduction en forme de laïus ultra rapide, ce qui donnait une impression
de professionnalisme. Il faut dire que ce genre d'émission n'étant jamais sous
titrée, je ne l'avais jamais vue ! Pourtant, j'ai demandé avant ce tournage
qui a eu lieu le 6 décembre, et le passage à l'écran le 19, si l'
émission pouvait être sous titrée, ne serait ce que pour ne pas rater un
train à prendre, celui des sourds et malentendants qui serait sûrement intéressé
par cela, non pas à cause d'un sourd qui s'y trouvait, moi en l'
occurrence, mais surtout au fait que ces émissions nous font découvrir
beaucoup de choses intéressantes. Mais, sans sous titrage, pour beaucoup
d'entre nous, point de salut. Le sous titrage n'a pas pu se faire,
pourtant d
'après mes renseignements, le temps ne manquait pas pour cela ! Comme le taux d'écoute de ces émissions compte beaucoup à la télé, le sur coût
engendré par le sous titrage n'aurait pas été un investissement à fonds
perdus ! Mais cela n'a pas eu lieu.
Brèves présentations des invités du plateau, et pris au dépourvu, j'ânonnais
bêtement (je n'avais pas à me forcer beaucoup, d'ailleurs), mon nom, et que j'étais
porteur d'un implant cochléaire, vraiment bêtement car je prononçais
ch léaire au lieu de kléaire.. Entrée réussie, on en conviendra !
On voyait aussitôt après les brèves présentations sur le grand écran de
gauche, sur la scène, un homme assez jeune qui était visiblement atteint de la
maladie de Parkinson, mais à un stade avancé, quelque chose d'effrayant,
puis son opération, alors qu'il semblait conscient , la perceuse qui justement
lui perce le crâne, les copeaux , j'en passe car c'était vraiment
impressionnant, et c'était mon voisin ,à ma droite, qui semblait se porter
vraiment comme un charme. Il répondit aux questions de JLD avec aisance, il était
bien dans sa peau, d'un calme fabuleux, après l'état dans lequel on l'avait vu
dans ce reportage..
A l'entracte, re séance de maquillage sur place, juste des retouches,
j'en profitai pour le féliciter chaudement, c'
était une véritable réussite ! Et j'en étais vraiment heureux pour lui et
pour sa femme qui était dans le public, car on imagine bien ce que doit être
la vie de tous les jours.
Lorsque ce fut mon tour, d'autres étaient passés avant moi, certains ont
tartiné pendant un temps certain ! Pour dire des choses absolument incompréhensibles.
Et puis la voix de JLD, pour des oreilles de malentendants, qu'il m'excuse ici,
mais il faut reconnaître que ce n'est pas le pied ; c'est pour cela que je lui
dis tout de go que je n'avais rien compris à ce qu'il disait ! Gros rire du
public qui prenait la chose du bon côté. Puis il me pose une question que bien
sur il devait me répéter, car je ne l'avais pas comprise !
Le trac faisait son effet, sans parler des haut parleurs de la sonorisation
qui amplifiaient ce qui se disait dans les
micros, mais étaient placés en arrière et sur les côtés, super pour me
stabiliser ! ! !
En fait, pour moi, c'était difficile, tout ce monde devant lequel je devais
parler, expliquer ce qu'est l'implant, de façon très simplifiée, les effets
que cela pouvait avoir, résumer qu'avec cela j'entendais quasiment tout,
mais que je ne comprenais pas tout pour autant, ma très grande satisfaction
d'avoir cela, et bien sur, si c'était à refaire, je le referai ! Dire devant
tout ce monde encore les premières fois que j'ai entendu mes filles, une
anecdote au sujet d'un bruit que j'entendais dans un camping, un drôle de
bruit qui évoquait pour moi un bruit de billes qu'on secoue dans une boite de
conserves, et qui s'avérait être tout simplement un rossignol, et puis l
'histoire toute simple mais caractéristique de la fatigue que nous apporte l
'audition , lorsque, énervé par des amis avec qui en voiture, à Angers, nous
cherchions une rue dans un quartier très difficile, que nous ne trouvions pas,
et j'entendais des c'est là, c'est ici, non, c'est par là, à tel point
que, exaspéré, je du ôter mon contour d'oreille pour bien signifier ce
que j'en pensais ! Oui, j'étais content de pouvoir le dire, même si cela
faisait bien rire les gens, car une fois qu'on a cela, c'est bien de dédramatiser.
Je regrette cependant de ne pas avoir pu en dire plus, ce n'est pas qu'on m' a
refusé, non, mais sur le champ, cela m'a été impossible, c'est tout. Corinne
Biesse, a été très patiente, très pro. Dommage pour JLD, on l'a vu
arriver sur le plateau, quand tout était prêt, les caméras se sont mises a
enregistrer dès qu'il est apparu, et juste après les dernières images, il est
parti aussitôt. On aurait bien aimé un contact avant l'émission, cela
nous aurait sûrement mis plus à l'aise ! Mais il faut dire qu'il tournait
juste après une autre émission du même genre. J'ai vraiment eu l'impression
d'une grosse machine bien rodée, ( l'émission, pas JLD ! ) Ce n'était pas
spécialement intéressant pour le grand public, cette histoire d'implant, car
après tout, les autres cas présentés étaient bien plus spectaculaires !
D'autres personnes ont eu leur cas décortiqué, avec un bras qui est en
fait une prothèse, des mains greffées, une pompe cardiaque, une canne électronique
pour aveugle... Tout ce monde était content des améliorations
apportées par la technologie moderne ou la micro chirurgie, quand ce ne sont
pas les deux ensemble...
Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, ( l'implant, pas moi ! ), je pense
qu'on peut dire un grand merci à JLD et à son équipe, car cela a permis de
pouvoir en parler dans le calme, d'en citer les avantages et les
inconvénients, même si cela était vraiment bref, et cela contribue un peu à
faire connaître cette avancée formidable pour nous autres, les devenus sourds,
en dehors de toute contradiction imbécile, car cela ne manque pas,
hélas. Un grand merci aussi, à toute l'équipe du CHU de Bordeaux, qui m'a
fait avoir cet implant, des gens formidables à qui je dois beaucoup, et enfin
merci à tous ces gens qui ont été patients avec moi, très patients,
même, lorsque j'ai commencé à porter cet implant et qu'il m'a fallu
faire ce long apprentissage qui me permets de vivre un peu plus
ouvertement...
Pour la petite histoire, la collaboratrice de JLD m'a fait parvenir un
enregistrement de l'émission sur cassette vidéo. Un geste élégant,
j'ai trouvé... Je la montrerai à mes arrières arrières arrières petits
enfants !
Gilles G.
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