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Sophie J., implantée fin 2001 à
l'Hôpital Saint-Antoine à Paris
La vie avec un implant cochléaire – Mon expérience à travers trois appareils
et deux implantations.
La surdité est un handicap parmi tant d’autres qui est difficile à surmonter
surtout parce qu’il ne se voit pas toujours, souvent l’objet d’incompréhension
et d’exclusion. Bien des larmes ont coulé pour surmonter les difficultés mais
aussi de joie pour avoir tenté de subsister avec de nouveaux appareils toujours
plus performants et dans le seul but de toujours entendre le plus longtemps.
Sourde de naissance, appareillée seulement vers l’âge de huit ans, je me suis
battue contre ce silence si différent de celui que l’on peut apprécier lorsque
l’on entend.
A 39 ans, mon oreille gauche me quitte ; l’oreille droite seule ne pouvant plus
assurer la compréhension, j’ai donc eu recours à l’implant cochléaire.
En octobre 2001, je me fais implanter par le professeur Meyer à l’hôpital
Saint Antoine de Paris pour la première fois avec le boîtier MXM. Dès le premier
instant, j’ai entendu une mélodie carillonnante, au bout de quelques semaines un
mot et enfin une phrase. Avec beaucoup de patience et de volonté au bout de
quelques mois j’avais une bonne compréhension de la parole et j’ai redécouvert
tour à tour le bruit de l’eau qui coule, le chant des oiseaux, le vent qui
souffle, les feuilles qui crépitent sous mes pas… C’était tellement merveilleux
de revivre dans un monde sonore, un monde vivant…
La technique continue d’évoluer et je passe au contour MXM Digisonic BTE.
Quelques réglages seront encore nécessaires pour s’adapter et éliminer quelques
problèmes de résonance ; à mon grand bonheur j’arrive à réécouter quelques
morceaux de musique classique. Certes ce n’est pas intégral mais suffisamment
beau pour en éprouver du plaisir. Pendant ces quelques mois de bonheur d’autres
rencontraient de sérieux problèmes de coupures, de résonance, d’incompréhension
, je n’y suis pas restée insensible, j’étais frustrée de ne pas partager ma
joie.
Me voici confrontée à un problème tout autre en mars 2003, celui du volume de
mon appareil qui augmente sans cesse et je me vois diminuer tous mes réglages
par le Dr Fugain. Je ne comprenais plus rien seul ce volume insupportable qui ne
me permet plus de comprendre ni la parole, ni la musique. Je retourne mon
contour au laboratoire MXM en juillet 2003 et tout le monde œuvre pour en
trouver la raison. De longs mois à attendre dans mon fauteuil, j’étais à nouveau
dans une bulle où l’on pouvait à peine respirer, c’était désarmant. Je ne
pensais qu’à une chose : réentendre !
Heureusement quelques jours avant Noël, l’ingénieur de MXM me fait passer un
nouvel examen qui lui permet de déceler une ossification de la masse du
récepteur ce qui empêchait le bon fonctionnement de mon implant. En l’absence de
problèmes pathologiques tout est alors possible pour une réimplantation, il me
propose également le MXM Digi SP qui bénéficie d’une technologie toute nouvelle.
Nous nous sommes expliqués longuement sur ce nouvel appareil, j’étais alors
convaincue qu’il était plus performant et surtout je pouvais récupérer mon
programme de réglage intégralement que j’avais travaillé avec le Dr Fugain. Tout
était possible et tout se prêtait à une meilleure audition. A partir de ce
moment j’étais entièrement rassurée et j’étais prête pour ma seconde
implantation.
Le professeur Meyer fixe la date : le 24 décembre 2003. Juste le temps
d’expliquer à mes enfants et ma famille que ce Noël sacrifié était vital…
L’opération s’est très bien passée, le soir même je marchais dans ma chambre. Le
31 décembre le Dr Fugain effectue les premières stimulations et me réinstalle
l’intégralité de mes réglages précédents, je comprends tout avec une voix un peu
nasillarde. J’étais très surprise car ça ne m’était pas arrivé à la première
implantation d’entendre immédiatement la parole. Quatre réglages suffiront pour
retrouver toutes les performances de mon implant avec une amélioration
acoustique considérable.
Voilà deux ans enfin que je savoure mon bonheur, je revis pleinement, bien
que dans certaines situations cela reste encore difficile mais c’est tellement
mieux que de vivre dans l’incompréhension et l’isolement.
J'ai du mal comprendre que certains soient hostiles à une réimplantation
lorsqu’on leur propose, pour moi c’est une chance inouïe. Je n’ai pas hésité et
j’ai pensé à toutes ces années que j’avais encore devant moi pour partager des
moments intenses avec mes enfants, ma famille, mes amis, il serait regrettable
d’avoir peur du progrès et de renoncer à entendre.
Je n’a i pas à me substituer aux analyses et aux recommandations d’un docteur
spécialisé, mais il faut être conscient que chaque cas de surdité est différent
et chacun peut vivre différemment ces expériences.
Tout simplement un peu de raison, de courage pour un choix décisif à l’heure où
le monde prône la communication, il serait dommage de rester exclu de la société
pour ne pas avoir emboîté le pas au progrès médical et technologique. Certes ce
n’est pas une audition entièrement récupérée et les résultats peuvent varier
suivant les individus, mais l’implant cochléaire est une chance inestimable pour
les sourds profonds ou totaux, il faut croire à tout ce qu’il apporte dans une
vie.
Sophie JOUON-ROUSSEL
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